L’Histoire de l’Oratoireretour haut de page

La fondation : Philippe Néri, Pierre de Bérulle

Philippe NériTout, pour l’Oratoire, commence à Rome vers 1533, avec l’arrivée de Philippe Néri, jeune florentin né en 1515. Ordonné prêtre en 1551, il s’installe à San Girolamo, où il prêche dans les combles de l’église, l’ «Oratorio ». Le mot désigne bientôt le type d’apostolat auquel Philippe consacre sa vie, puis s’attache à la congrégation qui va se constituer dans son sillage, et qui devient une institution légale en 1575 grâce à une bulle de Grégoire XIII, qui attribue l’église de la Valicella, où prêche désormais Philippe, à « une congrégation de prêtres et de séculiers, appelée Oratoire ».

En France, Pierre de Bérulle, né en 1575, ordonné prêtre en 1599, est confronté à un clergé avide de bénéfices, qui a perdu son âme. Désireux de restaurer le sacerdoce en le sanctifiant, Bérulle fonde le 11 novembre 1611, avec cinq autres prêtres, « une société de prêtres, sans obligation de vœux, où l’on tendra de toutes ses forces à la perfection sacerdotale, pour en exercer toutes les fonctions et pour former à la piété ceux qui y aspirent ». C’est la naissance de l’Oratoire en France. Nouveauté pour l’époque, cette congrégation est « séculière », sans vœux religieux. La même année, elle est reconnue par lettres patentes du Roi (Louis XIII), et le 10 mai 1613 par une lettre d’approbation papale (Paul V).

Eglise de l’OratoireA la mort de Bérulle en 1629, les oratoriens sont environ quatre cents prêtres répartis en une soixantaine de maisons. Leur église de la rue Saint-Honoré à Paris, achevée seulement en 1750, est devenue la paroisse de la Cour.

Les collèges dans l’ancien Oratoire

Dans la conscience collective, l’image de marque de l’Oratoire est celle d’une congrégation enseignante. Bérulle avait pourtant exclu l’enseignement de ses perspectives, voulant éviter une concurrence dangereuse et indélicate avec les Jésuites. Paul V, dans sa bulle de fondation, refuse cette exclusive, si bien que les collèges se multiplient : ils sont vingt-six en 1670, et au début de la Révolution près de la moitié des maisons oratoriennes sont vouées à l’enseignement.

On y propose un enseignement moderne : le français est introduit comme langue scolaire à la place du latin, les programmes s’ouvrent à la littérature contemporaine, à l’histoire nationale, et à la géographie, y compris humaine. On y pratique aussi les sciences : mathématiques, physique, astronomie, « histoire naturelle », et les langues vivantes dans les écoles militaires. Dans toutes les classes, on a le souci des méthodes pédagogiques, on souhaite échapper à l’ennui des bourrages de crânes. On privilégie l’intelligence sur la mémoire, l’intérêt sur la coercition, la nourriture de l’esprit sur le dressage des réflexes ; il s’agit de digérer, et pas seulement avaler. Pour cela, une certaine liberté est nécessaire : dans une époque où de fortes pressions religieuses et politiques tendent à interdire certains auteurs, l’Oratoire a toujours refusé unanimement d’adopter, en corps, quelque système philosophique ou théologique, laissant à chacun de ses membres la liberté de pensée dans les questions laissées ouvertes. Cette liberté des maîtres met les élèves en condition de liberté : respect de l’originalité de chacun, possibilité de s’exprimer.

Les collèges oratoriens, comme l’Oratoire lui-même, sont donc du côté de la liberté : c’est peut-être pour cette raison que la Révolution française est d’abord accueillie avec un certain enthousiasme. Après la Constitution civile du clergé, un prêtre oratorien sur cinq prête le serment exigé. En général, ils ne suivent pas le mouvement dans ses excès, mais ils ont été séduits par ses débuts libéraux.

Le 18 août 1792, l’Assemblée législative supprime les congrégations séculières. Certains confrères oratoriens s’engagent dans la Révolution, tels Fouché ou Billaud-Varenne. Cinquante et un prêtres, sur les deux cent quatre-vingt-quatre que compte la congrégation, optent pour le clergé constitutionnel ; quinze périssent, en prison ou guillotinés ; certains se cachent en France, d’autres émigrent. Le dernier supérieur général, le P. Moisset, est mort en 1790, sans qu’aucun successeur ait pu lui être donné, le Conseil est fragile, et on pense que la crise est passagère, qu’il faut laisser passer l’orage. En fait, soixante ans vont s’écouler avant que l’Oratoire ne renaisse.

La restauration de l’Oratoire au XIXe siècle

Plusieurs tentatives de restauration de l’Oratoire ont lieu durant la première moitié du XIXe siècle, mais elles resteront sans effet, jusqu’à l’œuvre conjointe de deux hommes, Alphonse Gratry (1805-1872) et Pierre Pététot (1801-1888). Intellectuel brillant, polytechnicien, docteur es lettres et docteur en théologie, Gratry, ordonné prêtre en 1832, est nommé aumônier de l’Ecole Normale en 1846 : poste idéal, où il est au cœur du monde intellectuel qu’il a toujours rêvé de concilier avec la foi, et à qui il veut montrer que foi et raison ne sont pas incompatibles. Mais une polémique violente l’oppose au directeur de l’Ecole, et il démissionne en 1851.

Quand il rencontre Gratry en 1847, Pététot est essentiellement un homme de terrain, et d’abord de « terrain paroissial ». Curé de Saint Louis d’Antin, il ressent la même insatisfaction que Gratry : tiédeur de trop de prêtres, souci de mondanité et de succès personnels, insuffisance de formation, manque d’idéal. En 1848, il est nommé curé de Saint Roch, où il s’essaie avec ses prêtres à la communauté sacerdotale.

L’objectif de Gratry : des ateliers d’apologétique pour faire rayonner une foi compatible avec la science – et celui de Pététot : restauration de l’idéal sacerdotal à partir des petits séminaires et constitution de communautés presbytérales, font intégralement partie de l’héritage oratorien de service du clergé et de recherche intellectuelle d’une foi nourrie de culture contemporaine. Les deux hommes veulent également une congrégation séculière, sans vœux, et ont le désir de vivre en communauté.

En novembre 1852, ils sont six à se retrouver rue de Calais : le P. Pététot est supérieur. L’ancien Oratoire s’appelait « Oratoire de Jésus et de Marie » : pour l’en démarquer, on appelle le nouveau « Oratoire de l’Immaculée Conception ». En 1864, un décret papal reconnaît définitivement la congrégation sous le titre d’ « Oratoire de Jésus Christ Notre Seigneur et de Marie Immaculée ».

Le nouvel Oratoire

Avant Vatican II

Les espoirs suscités par la restauration du nouvel Oratoire en 1852 ne sont pas complètement tenus. Les deux fondateurs s’opposent, tant par le caractère que sur les objectifs : Pététot, supérieur général minutieux et autoritaire, est tourné vers la pastorale immédiate, surtout celle des petits séminaires. Gratry, intuitif et bohême, est obsédé par la reconquête des milieux intellectuels et par son projet d’ateliers d’apologétique. En 1856, le P. Pététot accepte le petit séminaire et le collège diocésain de Saint-Lô, passant outre la volonté de Gratry et la décision du Conseil. L’Oratoire se spécialise à nouveau dans l’enseignement, au détriment d’une ouverture dont l’Eglise de France manque pour contrer la crise moderniste.

En 1900, au maximum de sa course, l’Oratoire a cent treize membres, dont seize scolastiques et cinq novices. Outre une résidence et deux maisons de formation, il n’a que des collèges (Juilly, Massillon, Châteauroux), des petits séminaires (Saint-Lô et Pignelin) et un orphelinat (Juan-les-Pins). La ligne Gratry est enterrée, d’autant plus que celui-ci doit quitter l’Oratoire après s’être opposé à l’infaillibilité pontificale lors de Vatican I.

L’Oratoire frôle une seconde mort avec la loi de 1901 sur les associations, qui soumet l’existence des congrégations à une autorisation légale. Bien que l’Oratoire ne soit pas un ordre religieux mais une association de prêtres séculiers, ses membres décident de déposer une demande d’autorisation : la réponse de la Chambre, le 18 mars 1903, est négative. Le Conseil est alors favorable à la dissolution, mais Rome refuse, et l’Oratoire demeure : les maisons en France passent en d’autres mains et la majorité des membres rentrent dans leurs diocèses respectifs, mais un petit noyau s’installe à Fribourg, en Suisse.

Après la Grande Guerre, L’Oratoire rentre en France et s’installe à Montsoult, dans la villa Béthanie, qui sera la maison de formation pendant cinquante ans. En 1922, l’Oratoire prend en charge à Paris la paroisse Saint-Eustache. En 1929, le P. Duprey fonde, à Pontoise, l’école Saint-Martin-de-France, haut lieu de la recherche pédagogique. Peu à peu s’organise le réseau des maisons, et cette fois on évite la trop grande spécialisation enseignante : l’Oratoire garde des collèges, mais diversifie ses orientations et ses activités, et les ministères individuels recouvrent à peu près tous les secteurs de la pastorale.

Après Vatican II

Vatican II fait aux instituts religieux l’obligation de « promouvoir une rénovation de leur vie et de leur discipline ». A partir de 1969, l’Oratoire se « met à jour » : reviviscence de la tradition bérullienne en ce qui concerne la vie spirituelle, service du sacerdoce en opérant la jonction entre le Mystère chrétien et les cultures d’aujourd’hui, renforcement de la vie communautaire, mais aussi autorité suprême de l’Assemblée générale, qui devient plénière, et création d’un Comité permanent, instance trimestrielle qui représente les communautés, et qui leur donne la possibilité de participer au gouvernement de la Congrégation entre deux assemblées.
(Texte établi à partir de L’Oratoire en France / René Boureau, Cerf, 1991)

Date de mise à jour 07/05/2007 à 09:54